LE PEUPLE MIGRATEUR

 
Un film de Jacques Perrin, Michel Debats et Jacques Cluzaud.

France. 2001. Photo : Thierry Machado, Dominique Gentil, Bernard Lutic, Luc Drion, Laurent Fleutot, Philippe Garguil, Laurent Charbonnier, Michel Benjamin, Sylvie Carcédo, Stéphane Martin, Fabrice Moindrot, Ernst Sasse, Michel Terrasse et Thierry Thomas. Musique : Bruno Coulais. Production : Jacques Perrin. Durée : 1 h 45.

Avec Bernache Nonnette, Bernache à cou roux, Grue Cendrée, Oie à tête barrée, Manchot Royal...
 

"Le peuple migrateur " est un voyage initiatique au milieu des oiseaux, une découverte du monde vue du ciel, à la beauté formelle rare et émouvante. On se laisse entraîner vers les cimes, on survole les banquises, les déserts de glace et de feu. Les villes s'évanouissent (belle leçon d'humilité pour l'humanité) et les océans de verdure s'évadent à vue d 'ailes. On découvre le monde à hauteur d'oiseux et c 'est beau. Si l'ensemble évoque parfois le travail de Yann Arthus-Bertrand, "Le peuple migrateur " déborde largement le cadre purement esthétique. Guidés par nos compagnons de voyage, nous nous immisçons dans l'univers de la migration. Là se trouve l'une des grandes réussites du film : les "oiseaux acteurs " élevés pour l'occasion, amenés à vivre avec les hommes dès leurs naissances, et qui s'offrent littéralement en spectacle. Le résultat est déroutant avec ses plans rapprochés d'oies, de cygnes, de pélicans… en plein vol. En tout, 220 heures filmées, 450 km de pellicule et près d'un an de montage.

 
Là où le film aurait pu se perdre dans le cliché, il gagne au contraire en profondeur et s'enveloppe d'une "humanité ", faite de grands malheurs et de petits bonheurs. Si le conte s'impose, il ne donne pas aux oiseaux l'allure anthropomorphique chère aux produits Disney. C'est au spectateur de pénétrer dans le quotidien des migrateurs. Il n'y a pas confrontation des univers, mais ouverture de l'un vers l'autre avec, dans le rôle du passeur, une B.O. de Bruno Coulais, belle et tranquille. Cette musique très présente, sans être oppressante, ponctue les scènes de petits bruits propres au genre humain et accompagne, avec ses voix cristallines, chaque vol. Elle lie le chant des oiseaux à ceux des hommes, le destin des uns à la vie des autres. On voit la nature autrement et on se voit soi-même, créature parmi les créatures, autrement : chasseurs et braconniers, jeunes et vieux, bons et nuisibles. Petits bien sûr et pourtant si grands, par nos villes, notre emprise sur le monde. Le film dessine ainsi en creux un portrait contrasté et juste de l'humanité.
 

"Le peuple migrateur " est enfin un bel hommage à l'invention du cinématographe. Jacques Perrin, fou furieux des projets impossibles, avait déjà signé "Microcosmos : Le peuple de l'herbe "et "Le peuple des singes"(présenté dans l'émission "La 25ème heure "). Avec "Le peuple migrateur", il part non seulement à la découverte d'un nouveau monde animal, mais aussi d'un trajet : la migration. Le cinéma puisa son origine dans le mouvement ("Sortie des ouvriers de l'usine Lumière", "Entrée du train en gare de la Ciotat") puis perdit son sens au profit du scénario. "Le peuple migrateur" renoue avec les sources du cinéma, le déplacement, l'envol, et tout le reste suit. Non pas que le film ne soit pas écrit, mais les situations s'inscrivent dans la migration ; l'histoire au profit du mouvement. "Le peuple migrateur " est une ode à l'animation des corps, une variation splendide sur la mobilité, une composition de vols, de plongées, de courses sur l'eau, de nuages d'oiseaux aux reflets changeants… Ce n'est ni une fiction, ni un documentaire, c'est une œuvre abstraite : du cinéma pur.

Paul GIRAUD

HORAIRES ET SALLES
UTOPIA : 5 place Camille Jullian à Bordeaux.
 
 
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